mardi 23 août 2011

Ceux qui nous veulent du bien - Collectif La Volte

Pour ma première participation à l’opération Masse Critique, j’ai eu le plaisir de recevoir Ceux qui nous veulent du bien. Je remercie à cet effet Babelio et les éditions La Volte pour m’avoir permis de découvrir ce bouquin sur lequel je lorgnais depuis son annonce même. Sous la couverture bizarre, sous ces motifs évoquant le silicium technologique, se trouvent 17 nouvelles rapportées d’un futur bien géré. Et comme toujours en pareil cas, tous les récits ne se valent pas.


L’ouvrage s’ouvre sur la préface de Dominique Guibert, secrétaire général des Droits de l’homme, qui nous rappelle succinctement les dérives sécuritaires et technologiques pour un meilleur bien-être. C’est donc avec Thomas Day qu’on rentre dans le propos. Son récit nous raconte l’histoire d’une jeune fille dotée de pouvoirs technologiques, subséquemment poursuivie par les gouvernements. Comme parade, elle utilise les armes de l’ennemi. Le style très sec, le récit à l’allure de résumé et le propos sous-jacent ne parviennent pas vraiment à convaincre. De suite après c’est Stéphane Beauverger qui prend le relais avec Satisfecit. Ecrit à la première personne, comme la majorité des autres nouvelles, le texte nous plonge dans un monde où plus personne n’a rien à cacher ; la virturapie prévient les comportements déviants en les « absorbant ». La forme du thriller, retenue pour la circonstance, se montre efficace, et l’on sent une certaine influence qu’il convient de dissimuler pour ne rien dévoiler de préjudiciable.
 
De Bernard Camus, Les événements sont potentiellement inscrits et non modifiables fait figure d’interlude. Une confrontation entre les buts avoués et les objectifs recherchés dont la presse se fait l’écho. On enchaîne avec Spam, de Jacques Mucchielli, certainement le meilleur texte de l’anthologie. On y suit un ancien soldat, désormais SDF, infecté par les messages publicitaires. Le propos est non seulement captivant, mais le style dynamique de l’auteur assure à son héros un charisme certain. Juste après, Camille Leboulanger, jeune auteur de 19 ans, propose un texte de jeunesse écrit il y de cela deux ans. On y découvre la réaction hostile d'un vieil homme face à la montée des méthodes de rajeunissement. Le texte déçoit en regard des arguments opposés.
 
Avec Ayerdhal et Paysage urbain, on s’éloigne des critiques gouvernementales pour venir attaquer de front l’agencement urbain. La thématique inattendue son traitement se révèle fort instructive ; Ayerdhal nous expose les implications sociales issues d’un réaménagement citadin à l’occasion de la présentation d’un projet de ce genre aux conseillers municipaux. On enchaine avec Jérôme Olinon et Regards, qui défend ici l’immigration et l’homophobie. Assez banale, la nouvelle se lit néanmoins sans déplaisir, même si l’on peut se perdre dans certains fragments déchronologiques de la narration.
 
Gulzar Joby se montre plus inspiré que son prédécesseur avec Remplaçants. Il met en scène une bande de gamins des quartiers riches désireux d’explorer les banlieues. Pour cela, ils engagent des remplaçants chargés de revêtir leurs oripeaux bardés de quincaillerie technologique, et de suivre le planning prévu. Simultanément émouvante et angoissante, l’auteur revoie avec efficacité le coup classique de l’enfant privé de liberté. Il ne sera pas compliqué pour les adolescents ou jeunes adultes de s’identifier à ces riches prisonniers.
 
On embraye avec Eric Holstein et sa nouvelle au titre (et au contenu) parodique, Ghost in a supermarket, qui nous envoie à la traque d’un fantôme électronique ne se laissant pas aisément identifier, au grand dam d’une compagnie de flicage numérique. Malgré une plume détendue, le texte manque de punch, et la chute ne parvient pas à éclaircir la trame. On s’enfonce encore dans la déception avec Trajectoires, de Danel. La nouvelle aurait pu être un plagiat de Minority Report si l’auteur n’avait pris soin d’inclure d’autres clichés avec leurs gros sabots. Sans conteste le texte le plus faible de l’anthologie, mais malheureusement pas le plus court.
 
Matéo Prune relève (un peu) le niveau avec Sauver ce qui peut l’être. Sans être formidable, la nouvelle nous décrit un monde où le droit au secret n’est plus respecté, où chacun et surtout son conjoint se doit de connaître les moindres aspects de la vie de l’autre, jusqu’à disposer d’une mémoire numérique.
 
Puis Alain Damasio fait son entrée et se démarque clairement des autres textes avec Anna et la Harpe. Ceux qui ont lu La Zone du Dehors ne seront pas étonnés de voir l’auteur prêcher pour une émancipation vis-à-vis du technococon dans lequel nous évoluons. D’un style plus « calme » que ses romans antérieurs, le clavier de l’écrivain ne s’en montre pas moins agréable et immersif.
 
Au tour de Sébastien Cevey d’exercer son talent avec Des myriades d’arphydes, qui parle d’un geek  –qui tord volontairement le cou aux idées reçues – luttant pour un meilleur respect de sa vie privée. Si le propos et le déroulement sont dignes d’intérêt, j’ai été frustré que l’auteur ne prenne pas plus le temps de poser son histoire, on le sent restreint par le format au vu de certaines situations un peu embrouillées, tout comme le héros pas toujours clairement positionné.
 
Puis Paul Beorn s’attaque au contrôle du corps avec Vieux salopard, à travers un nouvel employé manipulé par une puce qu’il s’est vu implanter. Sans surprise, le constat est assez effrayant, de même que la chute. Philippe Curval prend la relève avec Un spam de trop, un texte assez effrayant sur la collecte d’informations privées. Afin de se retrancher dans l’anonymat complet, un journaliste plaque tout du jour au lendemain pour aller cultiver des légumes dans un coin paumé. Là encore, on assiste à l’impuissance du protagoniste. Pour clore l’anthologie, Jeff Noon nous propose un texte court mais intriguant, aux consonances poétiques et entêtantes.
 
Au final, cette anthologie se montre assez pléthorique en terme de sujet abordés : vie privée, rapport à la technologie, déviances, contrôle mental, gestion des masses, flicage permanent ou encore  surveillance « préventive » sont de la partie. On regrettera seulement le traitement inégal qu’il est fait de ces sujets. Malgré tout, Ceux qui nous veulent du bien se révèle être une bonne piqure de rappel vis-à-vis des dangers qui nous guettent.

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